top of page

Qui est-il ? 

Gilles de Gouberville en quelques lignes
 

Gentilhomme normand, de petite mais ancienne noblesse, Gilles Picot est le fils aîné de Guillaume V Picot, seigneur de Gouberville, et de Jeanne du Fou, fille de Guillaume du Fou, seigneur de Barville, au Mesnil-au-Val et capitaine du château de Cherbourg.

Installé au Mesnil-au-Val, Gilles succède à son père pour la charge de lieutenant des Eaux et Forêts pour la vicomté de Valognes en 1543. En 1544, il hérite, de son père, des seigneuries de Gouberville et du Mesnil-au-Val, puis en 1560 de la seigneurie de Russy de son oncle Jean Picot, prêtre.

Il est l’auteur d'un journal, dont les années 1549 à 1562 ont été conservées et dont le manuscrit original a été découvert [en 1867] dans le chartrier du château de Saint-Pierre-Église par l'abbé Alexandre Tollemer. Cet ouvrage (réédité en 3 volumes en 2021) est un témoignage de la vie d’un gentilhomme campagnard dans le Nord-Cotentin au xvie siècle. Lorsqu’il commence son journal, le sire de Gouberville a environ trente ans. C’est un homme en pleine possession de ses moyens physiques, résistant, adroit, bien entraîné, sachant tenir une épée. Il tire à l’arbalète et au mousquet. Habile aux jeux d’adresse et de force, il se plait à jouter avec ses amis. Il sait, à l’occasion, manier les outils de la ferme et conduire les lourds charrois. Homme cultivé, il lisait le latin et utilisait des caractères grecs pour transcrire des phrases françaises, quand il voulait noter dans son journal des faits que ses gens ne devaient pas lire.

Son esprit méthodique et ordonné, tel qui transparaît dans son Livre de raison, met en évidence le sens pratique dont il fait preuve en toute occasion. Mais les traits les plus marquants du caractère de ce jeune seigneur, ce sont ses qualités de cœur et sa valeur morale qui le rendent si sympathique.

Le 28 mars 1553, dans son Journal, il mentionne la pratique de distiller du cidre en vue d’obtenir une eau-de-vie, première évocation connue du spiritueux aujourd'hui appelé « calvados ».

Il est enterré dans l'église du Mesnil-au-Val, sans qu'on sache bien l'endroit.

Extrait de Wikipedia ( 28/03/2021)

Pourquoi est-il important ?

 

Sa destinée de petit seigneur local était de tomber dans l’oubli. Son assiduité à écrire ses « Mises et receptes » a tout changé, car – au-delà de la comptabilité que l’on peut attendre d’un livre de raison - il y raconte, jour après jour, ses interactions avec ses contemporains du Cotentin.

 

Gouberville reste le seul auteur de tout l’Ouest de la France décrivant le monde rural à la fin de la Renaissance.
En dehors de nos gloires littéraires, Gouberville vient juste après Tocqueville dans la hiérarchie des auteurs normands (… et manchois) étudiés. Popularisé par Emmanuel Le Roy-Ladurie et Madeleine Foisil, l’écrit goubervillien est analysé à Paris et Rome comme à Harvard, Oxford ou Tokyo. Il est cité abondamment dans les recherches sociologiques et historiques contemporaines.

Est-il aussi connu dans le Cotentin qui l’a vu naître, vivre et mourir ?

Le programme de commémoration de son 500ème anniversaire s’attaque à cette question.

Connaît-on vraiment l'homme ?

 

Gilles Picot, seigneur de Gouberville et du Mesnil-au-Val dans le Cotentin puis en 1560 de Russy, est, de nos jours, célèbre par son Journal ou Livre de raison dont on ne possède malheureusement qu’une partie (1549-1562) qui compte néanmoins 41 000 lignes ; les deux tiers sans doute de l’ensemble du témoignage sont apparemment perdus à tout jamais.  Il naquit en 1521 et décéda le  7 Mars 1578.

 

Si le  « je  » est omniprésent dans le livre de raison de Gilles de Gouberville, le  « moi  » en est totalement absent. Pour connaître l’homme, « il ne faut pas compter sur lui-même mais sur tout ce que trahit de lui l’écriture innocente du Journal» (1) dans lequel il rapporte avec une extrême minutie tous les aspects de sa vie de gentilhomme terrien : ce qu’il se contente d’ordonner, culture et élevage, faisant confiance à ses gens ; ce qu’il surveille de près quand cela requiert une compétence technique, ainsi la maçonnerie ; ce dont il s’occupe lui-même, comme du soin des pépinières.

 

plan_dunes_gouberville_source_gallica.jp

En plus du soin sans relâche qu’il accorde à ses affaires, des plaisirs qu’il s’offre tels la chasse, il exerce, héritée de son père, la charge exigeante de lieutenant des Eaux et Forêts : « surveillance des bois, de l’abattage des futaies, des charrois de troncs sur les chemins, de la distribution du bois de chauffage, poursuite de ceux qui commettent des déprédations  » (1). Il tentera – en vain – de faire transformer sa charge en celle de maître des Eaux et Forêts en 1556, en se rendant à Blois auprès du roi Henri II. Bien que dans le Journal il dise fréquemment :  « je ne bougé de céans  » . Gilles se déplace beaucoup (plus de 2 500 km à cheval, par an) pour ses affaires et ses procès – nombreux en raison de sa nature très procédurière – qui le conduisent souvent à Valognes ou à Rouen.

 

Avare de confidences, il parle fort peu de ses sentiments. On peut discerner l’image d’un homme épris d’indépendance ; célibataire endurci, il est de moeurs assez libres selon l’usage du temps et l’exemple de son père Guillaume. Il a cinq filles illégitimes mais veille à leur établissement ; tient en grande affection son demi-frère Symonnet ; est pour sa soeur et son beau-frère un parent affectueux. Maître juste, il a la main leste ; très attaché à ses intérêts, il sait se montrer convivial voire généreux avec les visiteurs. Contraste fréquent chez les hommes de cette époque violente.

 

Sans être un  « humaniste  » , il fait montre d’une culture supérieure à la moyenne des petits seigneurs ruraux du temps ; amateur de romans de chevalerie, il parle de Rabelais avec le curé de Cherbourg. Avant les guerres de religion, il s’intéresse même aux prêches des premiers ministres réformés. Mais dans son Livre de raison, aucun souci de la forme. Il n’écrit pas pour être lu. Son écriture est répétitive, parfois obscure, au ras du sol.

 

On doit donc savoir gré aux  « intercesseurs   » – au XIXe siècle, l’abbé Tollemer et Eugène Robillard de Beaurepaire et bien plus près de nous, Emmanuel Le Roy Ladurie et Madeleine Foisil – qui nous guident dans la lecture de cette chronique de  « l’histoire immobile  » .

Guy Nondier

bottom of page